Retraite

1974

  Admis à faire valoir ses droits à la retraite, le 8 mars, il quitte l'Allemagne et se retire en Bretagne, à Mordelles, en Ille-et-Vilaine.

"Je tiens à vous dire, à mon tour, combien ont été appréciés les services que vous avez rendus dans toutes les unités qui vous ont eu comme chef ou adjoint. Le valeureux fantassin de 39-45 est devenu un artilleur chevronné.”
Général René COULLOUME-LABARTHE
Inspecteur de l'Artillerie (Paris, 16 avril 1974)

  C'est à Mordelles que les grands-parents Desmoulins couleront des jours paisibles avant d'être enlevés à l'affection des leurs : "Bon-papa", le 20 octobre 1976 ; "Bonne-maman", quelques mois plus tard.

1978

Le colonel (e.r.) et Madame, juillet 1978

  Il s'installe avec son épouse dans la villa qu'ils ont fait construire, au 11 rue de la Basse Renaudais à Betton, en Ille-et-Vilaine.


  Arrivé au terme de sa carrière militaire, rendu à la vie civile, à un âge où l'on s'interroge sur le sens de ses engagements, le chemin parcouru, la signification de ses choix, sa réelle emprise sur les choses et sur les êtres, il se tourne vers son passé, c'est-à-dire inéluctablement vers soi-même. Au hasard de ses lectures, son attention est retenue par la phrase suivante, extraite de l'ouvrage de Jean Feller, Le dossier de l'Armée Française, Éditiond Culture, Arts, Loisirs, Paris 1967:

"Le jeune lieutenant qui boucle sa cantine à la veille de septembre 1939, ne sait pas qu'il commence un vaste vagabondage dans le monde, qui le ramènera colonel, mais peut-être brisé, ayant perdu le long des routes, des chemins et des pistes, ses meilleurs camarades et le meilleur de lui-même.”

  Saisi par la transparence tranchante de ces propos, le vieux soldat les faits siens. Il prend un crayon à papier, réunit ces cinq lignes sous une accolade et note dans la marge : "C'est mon cas!!!..." Pour laconique qu'il soit, l'aveu n'en est que plus explicite. Bien qu'elle ne le contienne pas totalement, tant le colonel Mathieu est peu enclin à l'apitoiement sur soi-même et que le métier des armes a répondu à l'attente de sa vocation, cette confidence témoigne d'une amertume bien réelle. Et par-delà le bilan qu'il fait de sa carrière personnelle, n'exprime-t-il pas le sentiment de toute cette génération d'officiers supérieurs à qui, depuis 1939, les gouvernements qui se sont succédé, la nation tout entière, les Français, ont sans doute beaucoup trop demandé?

 

Le colonel (e.r.), son épouse et leur petit-fils Eric, en 1981

  Il assumera, jusqu'en 1985, la Présidence départementale des Anciens Combattants du Corps Expéditionnaire en Italie.

  La retraite n'avait pas émoussé ses convictions, beaucoup s'en faut. Certains sujets de revenir ad libitum dans ses conversations, tant ils lui tenaient à cœur. Il n'admettait pas que le lourd tribut payé par le C.E.F.I. dans la libération du pays, ses sacrifices consentis ne fussent pas davantage reconnus. Comme l'abandon par la France, après celui des Pieds-noirs dépouillés, des harkis livrés dès le cessez-le-feu du 19 mars 1962 aux représailles sanglantes du F.L.N. et qui était, à ses yeux, l'ultime forfaiture scellant les "événements" d'Algérie.

  Jusqu'à ses dernières heures de lucidité, avant que l'implacable maladie ne survienne, l'esprit toujours habité par la grandeur de la France, il se montrera soucieux du devenir de son pays et de son armée.

2001

  Il s'éteint à son domicile, le 4 janvier. Les obsèques ont lieu le 8, à la chapelle Saint-François de Rennes. Les honneurs funèbres militaires lui sont rendus. Le cercueil est revêtu du drapeau tricolore. Assiste à la cérémonie religieuse, célébrée selon le rituel de l'Ordo Missae de 1962, une représentation de sa Promotion Marne et Verdun ; sont présentes également l'Association des anciens combattants du Corps Expéditionnaire Français en Italie ainsi qu'une délégation de la Légion d'honneur : leurs deux drapeaux portés pavoisant chaque côté du petit transept.

"Au jour de son baptême, lui avait été remis, par l'entremise de son parrain et de sa marraine, un cierge symbolique de notre Foi en la Résurrection, et le prêtre lui avait dit en substance : André, garde-le ardemment lumineux pour qu'à l'heure où Il viendra te chercher, Jésus-Christ et ses anges t'emportent vers la bien heureuse éternité.”
Chanoine PLARD
Homélie de la messe des funérailles

  Le 9 janvier, a lieu l'inhumation dans le caveau de famille, au cimetière des Carmes de Clermont-Ferrand, aux pieds du Puy-de-Dôme.

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