Campagne d'Italie
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1943

  Il sert, avec son unité, au sein de la 2e Division d'Infanterie Marocaine, l'une des composantes du Corps Expéditionnaire Français commandé par le général Juin. Mise sur pied par le général Dody, la 2e D.I.M. entièrement équipée et instruite par les Américains, en Afrique du Nord depuis le 8 novembre 1942, sera formée pour engager, la première, les hostilités sur le front italien.
  Au début du mois de novembre 1943, elle reçoit l'ordre de faire mouvement sur la Tunisie. Embarqué à Bizerte le 23, le lieutenant Mathieu foule le sol italien, trois jours plus tard, à Naples.
  Si l'exaltation du premier contact avec l'ennemi ne laisse pas de l'animer – cela fait des mois qu'il attend ce moment-là – il a le pressentiment qu'il va vivre, avec le Corps Expéditionnaire, une aventure immense qui comptera dans l'Histoire, dans sa vie de soldat comme dans sa vie d'homme.

"Vous serez marqués du signe victorieux du CEF, cette magnifique entité française dont toute ma fierté sera d'avoir été l'animateur et le chef.”
Maréchal JUIN

  Aussi, durant les Campagnes d'Italie et de France, tiendra-t-il un carnet de route, jour après jour, du 23 novembre 1943 au 14 juin 1945; il y consignera les faits de la journée qui l'auront le plus marqué : en premier lieu bien sûr, les engagements et opérations auxquels prennent part ses compagnons d'armes du 5e, les missions dont il s'aquitte lui-même en qualité de chef de section de la CB1. Lorsqu'il servira à l'état-major du régiment, ses notes s'étofferont du fait des informations dont il dispose à ce poste.C'est sans aucune inclination au pathos ni propension à la rodomontade que, dans le style du compte rendu d'opération, le jeune lieutenant livre ses impressions, les plus graves comme les plus anodines.

  Et surtout il n'oublie jamais de mentionner le nom des camarades qui ne reviendront pas, tués ou disparus, ceux qui sont blessés, évacués : officiers, sous-officiers, Tirailleurs : le martyrologe est lancinant. Ces noms pieusement couchés sur le papier sculptent, sous la plume du lieutenant, comme autant de stèles à l'encre noire érigées pour la fraternité d'armes et pour la Mémoire.

 

"25.12. Jour de Noël 1943. Noël de guerre à Cerasuolo. Un temps assez beau ; sommes réveillés à 7 heures par 7 déserteurs allemands. À 9h30, messe de Noël devant le parvis de l'église de Cerasuolo. À midi repas de Noël, nous sommes 8 à table : Cne Mialhé, Cdt Rénié, Cne Fauconnier, A.M., Lt Tapin, S/lt Tudury, Aspirants Simoni et Baron. Le menu est un peu renforcé par une jeune chèvre en tajine, un poulet récupéré. Matinée du reste et soirée mouvementées rapport aux opérations décidées sur le piton 1225. À 11h du soir, l'opération est décommandée, seul restera le déclenchement des tirs multiples.”
André MATHIEU
Carnet de route, T.I

1944

"6.1.44 Redescendons du Pantano (piton 2) les morts des combats du 15 et 16, en particulier le corps du S/Lt Mustapha. Le temps est mauvais, il neige, la température baisse toujours. 14h Visite au cimetière de Carretto ; petit cimetière où sont les tombes des camarades : Carpentier, Jansen, Bodot, Demarzé, Leclerc (Lt du 11/5) aspirant Magaut et de quelques sous-officiers : Marsy, Lebret, Vanaud, Balsa, Dupont et d'autres... Tous morts au Champ d'honneur durant les combats du Pantano, les 15, 16 décembre 1943, pour que la France vive!... Triste pélerinage... Le capitaine Sorlier prend le commandement de la 1re compagnie à dater du 5, je reste ainsi seul à la CB1... Mektoub.”
André MATHIEU
  Carnet de route, T.I

 

Cité à l'ordre du régiment, le 7 janvier.

 

"17.1.44 Le matin calme complet. Les 1-2 CA et CB toujours à Selva, la 3 à Belligiovanni.   À partir de 12h nous recevons une dégelée d'artillerie allemande, la plus forte et la plus   précise depuis notre entrée en action : plus d'une centaine d'obus sur la Selva. Notre PC   est sérieusement azimuté, les éclats volent par notre fenêtre : mauvais... mauvais. Pas de   casse. Au PS : 1 tué et à la 1re Cie : 12 blessés et contusionnés ;quelques maisons du pays   volent en morceaux. À 17h tout rentre dans l'ordre. Pour être en réserve, cela manque de   calme.”
André MATHIEU
   Carnet de route, T.II

  Cité à l'ordre de la brigade, le 24 janvier.

Le drapeau et la mascotte du 5e R.T.M. lors d'une prise d'armes, le 31 mars 1944, dans la cour du château de Sessa Aurunca.
"15.5.44 Passons la nuit du 14 au 15 dans la cuvette de Vatteloni. Parti à 8h30 avec la   section franche avec le 11/5 vers Casale. Progression difficile. Au dessus de Casale,   faisons un prisonnier allemand. À 11h arrivons vers cote 3121. Sommes au contact et   accrochés par éléments ennemis se repliant : 2 compagnies d'après les déclarations des   civils. Attends l'arrivée du bataillon qui arrive vers 13h30. La 3e Cie est accrochée.   Replie ma section franche qui n'a plus de munitions et s'est trop engagée. Lt-Chef Diani   tué avec 2 tirailleurs. Adjudant-Chef Stephan blessé au bras avec 5 autres tirailleurs. À   15h30, le bataillon attaque et progresse. Nous installons à la cote 307 vers 21h.”
 André MATHIEU
  
Carnet de route, T.II
"Le 28 mai, l'ordre arrive au PC : c'est pour demain. Les uns après les autres, les Bataillons vont se jeter sur l'ennemi pour forcer les derniers défilés entre Valmontone et Rome. (...) Une patrouille, sous les ordres du lieutenant Mathieu, progresse rapidement, guidée par les habitants jusqu'à l'abbaye. Le Père Supérieur annonce que les Allemands sont partis le matin.”
  Historique du 5e Régiment de Tirailleurs Marocains. Imprimerie Nationale de Fribourg-en-   Brisgau,    1948.

 

 

"La Royal Brêle Force" qui se révèlera un auxiliaire indispensable pour vaincre les reliefs inhospitaliers des Abruzzes.

"29.5.44 Repartons vers 15h. du matin de l'abbaye [d'Abbadia] en direction du premier   bord : Colle Marrone. A 7h la 1re Cie et la 2e Cie sont accrochées ; 8 prisonniers sont   faits. L'opération continue, mais tombons sur du dur ; échelon de tête arrêté. Essai de   reprise du mouvement à 13h après bombardement de l'artillerie amie. Avance stoppée par   les Allemands. Tirs violents pendant toute la journée d'artillerie et de minen, Cne Sourlier,   Lt Borde, Asp. Baron blessés et évacués. Ennemis nombreux : plus d'une compagnie. Vers 15h20 la route de Ceccano n'est pas encore atteinte. Les tirs d'artillerie ennemie   continuent toujours violents. S/Lt Mimoun blessé après occupation des pitons devant le Colle Marvone. Nuit passée sur la position.”

  "Le 30.5.44 Je prends le matin à 7h le commandement de la 1re compagnie. À 9h   réattaquons avec préparation d'artillerie des pitons ci-dessus. Progression facile ;   atteignons la route, dépassons jusqu'à la cote 231, où l'après-midi, les 2e et 3e ne peuvent   plus progresser. La 1re passe en réserve. Attaque remise à minuit 30.”
André MATHIEU
    Carnet de route, T.I 

Défilé des Tirailleurs Marocains, le 15.6.1944, dans Rome. Première capitale tombant entre les mains des Alliés. Le drapeau français flotte sur le Palais Farnèse.

  Cité à l'ordre de la division, le 23 juin. Distinction qui lui vaut l'attribution de la croix de guerre avec étoile d'argent.

"Disposant de la section franche du Bataillon pour l'accomplissement de cette mission [le lieutenant Mathieu], s'est dépensé sans compter, malgré la violence des feux des mitrailleuses ennemies qui venaient de mettre hors combat le chef de cette section est son sous-officier adjoint, pour reprendre en mains cette troupe, éviter sa destruction complète et la regrouper. Y a pleinement réussi.”
Ordre Général N°43 du général cdt la 2e DIM.


  Cité à l'ordre du corps d'armée le 17 juillet.

  Le 6 août, il est appelé à l'état-major du chef de corps du 5e, le colonel Piatte, au 2e Bureau.

 
Cité à l'ordre de la brigade le 7 août.

"22.7.44, Prise d'armes au terrain d'aviation près de chez nous [Pozzo]. Remise, [par le Général Juin], de la Croix de guerre avec palme au drapeau du Régiment que j'ai le grand honneur de porter ce jour-là. Belle cérémonie, par une journée splendide.”
André MATHIEU
Carnet de route, T.I

 

"Vous avez hâté l'heure de la Libération et projeté sur le monde étonné l'image de l'Armée Française renaissante intervenant sur le Front d'Italie comme facteur déterminant de la Victoire. Le général de Gaulle vous l'a dit : vous avez bien mérité de la Patrie. Je m'incline pieusement devant nos morts et salue vos drapeaux et étandards chargés de Gloire.”
Maréchal JUIN

Cimetière militaire de Roccavindola.

 

"D'autres heures naîtront, plus belles et meilleures,
 Le soleil luira sur les derniers combats ;
 Seigneur, faites que ceux qui ne connaîtront pas ces heures
 Se souviennent de ceux qui ne reviendront pas.”
Sylvain ROY, MORT POUR LA FRANCE, À DOUAMONT, EN 1916

(Quatrain recopié par le colonel Mathieu dans l'Album de souvenirs qu'il consacra à la Campagne d'Italie.)




"La France peut à juste titre être fière de la bravoure de ses enfants du Corps Expéditionnaire Français.”

Général ALEXANDER
Commandant en chef le théâtre d'opérations en Italie.

 

Carnets de route.

Carnet de route, Tome I, 25.11.1943
Ibidem, 7.12.1943 et 11.12.1943
Ibidem, 16.12.1943, 17.12.1943 et 24.12.1943
Ibidem, 25.12.1943, 26.12.1943 et 27.12.1943
Ibidem, 1.1.1944 et 6.1.1944
Ibidem, 13.1.1944, 14.1.1944 et 17.1.1944
Ibidem, 23.1.1944, 26.1.1944 et 27.1.1944
Ibidem, 10.2.1944, 11.2.1944 et 12.2.1944
Ibidem, 15.5.1944 et 16.5.1944
Ibidem, 23.5.1944
Ibidem, 29.5.1944
Ibidem, 31.5.1944
Ibidem, 4.6.1944 et 6.6.1944
Ibidem, 29.6.1944, 4.7.1944 et 6.7.1944
Ibidem, 9.7.1944 et 14.7.1944
Ibidem, 19.7.1944 et 20.7.1944
Ibidem, 15.8.1944 et 2.9.1944  

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